samedi 20 mai 2017

#RDVAncestral – Rencontre avec Laurent Benoit CALLAIS

Le rendez-vous ancestral (#RDVAncestral) est un rendez-vous mensuel initié par le généalogiste professionnel Guillaume Chaix. Il a lieu tous les troisièmes samedi du mois et consiste en l’écriture d’une rencontre avec l’un de nos ancêtres.
Ce mois-ci, nous allons dans l’Eure sur la commune de Brestot.




J’arrive au hameau de Mouillecrôte à Brestot. On est à environ 2,5 km du bourg.


C’est là que m’attend Laurent Benoît CALLAIS, il a 45 ans et est sabotier.
Des enfants jouent dehors.
Je rejoins Laurent dans l’atelier où il m’attend.

On est le samedi 17 août 1816 et depuis hier, il est père pour la dixième fois.

- Excuse-moi de te recevoir dans mon atelier, mais je préfère que ma femme reste au calme et se repose, l’accouchement a été éprouvant…
Il est tout excusé, l’odeur de bois imprègne l’atmosphère, c’est agréable…
Tout en me parlant, il travaille sur un morceau de bois, j’aime l’odeur, j’aime le geste, j’aime le bruit… Je lui dis, ça le fait sourire.

Le temps est maussade aujourd’hui, il m’explique que c’est ainsi depuis le début de l’été. Le soleil a été peu généreux et ses voisins paysans sont inquiets pour leurs récoltes de blé qu’ils pressentent médiocre…

- Mais tu n’es pas là pour me parler de la météo ? Me dit-il en souriant
- Je ne voudrais pas réveiller de tristes souvenirs chez toi en ces jours heureux.
- Oh tu sais, les deuils font partie de la vie. j’ai eu de la chance, je n’ai enterré qu’un seul de mes enfants, certains ont été plus durement touché que moi…
- Oui mais tes femmes…
- Ah ça, la vie a été dure avec mes enfants, ils ont été privés de leurs mères très tôt… j’espère que mon petit dernier ne devra pas vivre cela…

Je n’ose lui dire de ne pas s’inquiéter, sa troisième femme lui survivra de 20 ans. Il n’est pas bon de raconter l’avenir.

- Raconte-moi.
- Je me suis marié pour la première fois en avril 1793, c’était un autre temps… J’étais jeune, je n’avais pas encore 22 ans. Ma belle Marie Reine avait quasiment le même âge. Nos premiers enfants, des jumeaux, un garçon et une fille, sont arrivés 7 mois après le mariage, je peux te dire que ça a jasé dans le voisinage ! précise-t-il avec un clin d’œil et un sourire en coin.
Malheureusement, mon petit gars est parti quand il avait environ 4 mois. Puis les autres naissances se sont enchaînées, on a eu 4 autres enfants, ma belle petite femme a été bien courageuse, tu imagines, 5 grossesses en 9 ans !!!
Hélas, notre petit dernier avait à peine 4 mois quand elle est morte… Je crois qu’elle ne s’était pas bien remise de l’accouchement et quand elle a attrapé cette vilaine toux au début du printemps, elle n’a pas pu s’en remettre… elle n’avait que 33 ans tu sais…

Pendant quelques instants, son regard devient vague et s’embue…

Il poursuit : J’ai dû mettre mon tout petit en nourrice, heureusement ma mère était encore là et m’a bien aidé avec mes autres enfants, ils avaient entre 3 ans et demi et 9 ans et demi.
Ma mère est partie en mai 1805, c’est à peu près à la même époque que j’ai rencontré Marie Anne. Elle m’a de suite bien plu, on s’est accordé et je l’ai épousé en août.
Quand notre première fille est née, certains n’ont pas manqué de faire le calcul mais les 9 mois réglementaires étaient bien là !! Il éclate de rire et son rire résonne dans l’atelier.

Une petite tête étonnée apparaît dans l’entrebâillement de la porte.
- Tiens, voici Richard, il va avoir 6 ans dans 3 jours. Viens dire bonjour mon petit !
L’enfant approche timidement et se blottit contre son père, j’entends un tout petit « Bonjour ». Il n’ose me regarder, j’ai l’air de l’impressionner, il doit sûrement se demander qui je suis…
Laurent reprend : J’ai dit à ma famille que j’allais avoir de la visite, mais je n’ai pas dit qui tu étais, ils n’auraient pas compris… J’ai d’ailleurs du mal à comprendre moi-même !!
Et il rit de nouveau…
Son rire sonore attire cette fois 2 petites filles et un autre petit garçon.
- Voici Marie, Reine et Jean Baptiste. Marie a 10 ans et Reine 8 ans. Jean baptiste a 7 ans, c’est le fils de mon épouse. Dites bonjour les enfants.
- Bonjour Madame, répondent-ils en chœur.
- Bon, mes enfants, laissez-nous maintenant, nous avons encore des choses à nous dire.
Les enfants repartent en courant jouer dehors. Il les regarde avec tendresse.
- Ce sont les 3 enfants que m’a donnés Marie Anne…
De nouveau, son regard se voile…

- 33 ans elle aussi, comme Marie Reine… Cet âge doit être maudit ! me dit-il en me regardant droit dans les yeux.
- C’était en janvier 1813, l’hiver avait jusque-là été rude mais le temps s’était radouci… Comme ma première femme, une mauvaise toux qui persiste et empire, la fièvre qui s’installe et ne quitte plus…
Marie avait à peine 7 ans, Reine tout juste 5 ans et mon petit Richard à peine 2 ans et demi. Heureusement, il était sevré et j’ai pu le garder auprès de moi.
Et encore une fois, la solidarité de la famille et du hameau m’a bien aidé, mes plus grands avaient entre 10 et 19 ans et m’ont aussi beaucoup soutenu.

Et puis j’ai rencontré ma petite Madeleine. Elle aussi a connu des malheurs : elle a perdu ses 2 premiers enfants, des jumeaux. Puis son mari est mort alors que Jean Baptiste n’avait que 11 mois. Elle s’est retrouvée toute seule avec son petit.
On s’est de suite bien entendu. Elle est née la même année que Marie Reine, en 1780. Elle a bien voulu d’un vieux de 44 ans ! Son visage retrouve son sourire malicieux. On s’est marié il y a seulement 8 mois et demi, tu crois que ça va encore causer ?
De nouveau ce rire qui résonne dans tout l’atelier.
- Bon, tu m’excuseras, mais je vais aller voir comment se portent ma p’tite femme et mon p’tit gars.
Au fait, il s’appelle Laurent, comme moi. Laurent Adolphe exactement.

Il se lève et sort dans la cour, il regarde le ciel couvert : Tu crois que le beau temps va enfin arriver ?
- Je ne crois pas non… Je ne m’étends pas, je ne lui parle pas de ce volcan entré violemment en éruption à l’autre bout de la terre il y a quelques mois et qui a refroidit le climat sur la terre entière, il ne comprendrait pas !
- Je te remercie d’avoir accepté de me parler. Mais où sont tes grands enfants ?
De nouveau ce sourire malicieux et un clin d’œil : Tu reviendras !!

Nous nous saluons, je repars sur le chemin et fais un signe de la main aux enfants restés dehors. Ils me répondent en souriant et retournent à leurs jeux.

Je relève mon col.… Il fait quand même frais pour la saison…



L’arbre de descendance de Laurent Benoît CALLAIS :


Laurent Benoît CALLAIS (1771-1847) – sosa 278
Reine Joséphine CALLAIS (1808-1881) – sosa 139
Désirée Joséphine CALLAIS (1832- ?) – sosa 69
Henri Désiré LEVITRE (1865->1920) – sosa 34
Marie Antoinette Albertine LEVITRE (1892- ?) – sosa 17
Bernard Henri Marie CARRIÉ (1925-2017) – sosa 8
Le père de mon mari – sosa 4
Mon mari – sosa 2
Mes filles – sosa 1



Mes sources méteo :

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